Clin d’Oeil : Singing In The Rain

À l’heure au règne sur le pays le plus puissant du monde l’aura des climatosceptiques, on est en droit de se demander si l’homme ne serait pas touché par le complexe de Dieu. La nomination de Scott Pruitt comme ministre de l’Environnement aux États-Unis paraît en effet antithétique, puisqu’il s’était dressé contre les réformes de l’ancien président visant à ralentir le réchauffement climatique. On pourrait être dans une fiction tant la situation est absurde, sauf que ni les bottes de cuir d’Uma Thurman ni le chapeau melon de Ralph Fiennes ne vont venir nous sauver avec style de ceux qui croient contrôler la météo. Les éléments météorologiques, et plus particulièrement la pluie face à la science, est justement au cœur de l’œuvre Rain Room réalisée en 2012 par le collectif d’artistes londoniens, Random International (2005). Une œuvre d’actualité, puisqu’elle vient d’être accueillie par le Los Angeles County Museum of Art (LACMA).

À la convergence de la science et de l’art, l’œuvre Rain Room est une œuvre interactive invitant le spectateur à se déplacer dans une salle sombre et sous une pluie torrentielle. Le projecteur lumineux disposé à la sortie de la pièce éclaire les gouttes de pluie et accentue l’aspect de déluge. L’idée est loin d’être attrayante, mais telle une réincarnation de Moïse, voilà qu’on vous assure que les 220 litres d’eau déversée à la minute ne vous toucheront pas. Pour profiter de l’œuvre, le visiteur doit donc faire preuve d’un acte de foi. Il n’y a cependant rien de religieux ici, car ce tour de passe-passe est constitué de caméras 3D synchronisées permettant au corps du visiteur d’interagir avec la pluie sans être mouillé.

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Random International, Rain Room, 2012, MoMa, New-York,© MoMa ; Random International

Amoureux de l’électronique et de la programmation, le collectif Random International se compose d’artistes, d’ingénieurs, de designers et de développeurs, passionnés par les nouvelles technologies et les éléments naturels, telles que l’eau et la lumière. Le groupe s’intéresse aux systèmes, ou autrement dit, à la manière dont les choses fonctionnent entres-elles et s’imbriquent. Leurs œuvres offrent un prisme invitant à observer le monde et à se questionner sur la façon dont l’homme manœuvre son environnement. C’est le cas de Reflex (2011), un rideau de DEL disposé derrière une vitrine qui réagit au passage des piétons dans la rue. La technologie et les nouveautés numériques sont utilisées pour explorer le comportement humain et naturel. Pour Future Self (2012), le collectif travail avec le musicien post-minimaliste Max Richter et le chorégraphe Wayne McGregor. Un bloc de plusieurs DEL est placé au centre d’une pièce et actionne ses lumières selon les mouvements des danseurs autour de lui. Comme l’œuvre s’éclaire légèrement après le mouvement du danseur, le corps peut ainsi observer sa trace lumineuse, son ombre technologique.

Totalement immersive et ne s’actionnant que par la présence du visiteur, l’œuvre Rain Room pourrait puiser ses origines dans les events de John Cage et le happening d’Allan Kaprow. Le corps prend un parcours aléatoire dans une pièce environnant les 100 m2, mais les gestes sont observés et analysés par l’œuvre afin de contrôler la pluie. Cette dernière donnée peut faire référence au contexte environnemental, car bien que la côte ouest des États-Unis soit en manque de pluie, l’eau déversée par l’œuvre est recyclée. Rain Room prétend surtout dresser un miroir et une leçon de morale vis-à-vis de l’action de l’homme sur la nature et sur ses conséquences parfois dévastatrices. Toutefois, cette éthique entre en contradiction avec le sentiment d’euphorie ressenti une fois à l’intérieur de l’œuvre. En effet, l’œuvre minimaliste et sensitive oblige le spectateur à lutter contre son instinct pour traverser la pièce. Il doit oublier sa rationalité en faveur de la foi et très vite, il prend goût à ce sentiment de maitrise. Mais ce contrôle n’est cependant pas tout à fait au point, car s’il réalise un mouvement un peu trop rapide pour les caméras, c’est la douche assurée : la science a donc ses limites. Par ailleurs, cet écho à la foi n’évoque pas forcément une religion prédéterminée, mais plutôt une forme de foi en tant que telle. Or que serait la recherche d’un scientifique sans une forme de conviction aveugle ? Une confusion souvent relevée et à l’image de la légendaire question-réponse d’Albert Einstein qui aurait demandé qu’on lui définisse Dieu afin qu’il puisse savoir s’il y croit ou non. Du reste, celui-ci n’a jamais nié croire : « S’il y a quelque chose en moi que l’on puisse appeler “religieux” ce serait alors mon admiration sans bornes pour les structures de l’univers pour autant que notre science puisse le révéler.[1] » De la même manière, Random International offre une leçon d’humilité et réussit le pari de briser la froideur de l’ère post-numérique.

[1] « Albert Einstein : le côté humain » édité par Helen Dukas et Banesh Hoffman, lettre du 24 mars 1954

cf : http://unframed.lacma.org/2017/01/30/goodbye-rain-roomfor-now

cf : http://random-international.com/

©ArtSphalte

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