Clin d’Oeil : Born to be wild avec Brigitte Zieger

Qu’incarne la figure du motard si ce n’est la liberté ? Qu’il soit rebelle en appartenant à une bande, comme Marlon Brando dans l’Équipée Sauvage (1953), ou en marge de la société tel le loup solitaire Vincent Gallo dans Brown Bunny (2003) ; qu’il se fiche des lois de la vitesse comme Anthony Hopkins dans Burt Monroe (2005), des lois de l’attraction terrestre comme Ryan Gosling dans The Place Beyond the Pines (2012), ou des lois du temps, comme Gérard Depardieu dans Mammuth (2010), le motard est un révolutionnaire. Pour représenter la liberté, l’artiste allemande Brigitte Zieger ne choisit pas Dennis Hopper et Peter Fonda, mais presque.

On comprend dès lors que dans une série de sculptures qui récupère quelques résistants anonymes, comme une femme tirant la langue aux CRS lors de mai 1968 ou un homme d’Occupy Wall Street qui manifeste en lisant un livre tout en étant allongé au sol, un motard endormi sur sa bécane ait toute sa place. Pour ses sculptures, Brigitte Zieger  a pour modèle des images de presse ayant couvert certains évènements de l’histoire contemporaine et plus particulièrement, des images d’hommes et de femmes qui se sont opposés à toutes formes de répressions ou de décisions politiques au moyen de la non-violence. Cependant, en se retrouvant ainsi isolés, on a du mal à remettre ces personnages dans leurs contextes respectifs.

Brigitte Zieger, Sculptures anonymes, 2008-2012, Brigitte Zieger & Galerie Odile Ouizeman. Crédits photographiques Galerie Odile Ouizeman
Brigitte Zieger, Sculptures anonymes, 2008-2012, Brigitte Zieger & Galerie Odile Ouizeman. Crédits photographiques Galerie Odile Ouizeman
Brigitte Zieger, The Sleeping Biker, resin cast, 2011, 140 x 220 x 50 cm, Brigitte Zieger & Galerie Odile Ouizeman, détail. Crédits photographiques Galerie Odile Ouizeman
Brigitte Zieger, The Sleeping Biker, resin cast, 2011, 140 x 220 x 50 cm, Brigitte Zieger & Galerie Odile Ouizeman, détail. Crédits photographiques Galerie Odile Ouizeman
Brigitte Zieger, The Sleeping Biker, resin cast, 2011, 140 x 220 x 50 cm, détail, Brigitte Zieger & Galerie Odile Ouizeman. Crédits photographiques Galerie Odile Ouizeman
Brigitte Zieger, The Sleeping Biker, resin cast, 2011, 140 x 220 x 50 cm, Brigitte Zieger & Galerie Odile Ouizeman, détail. Crédits photographiques Galerie Odile Ouizeman

C’est le cas de Sleeping Biker qui est une sculpture gris anthracite prenant la forme d’un motard endormi sur sa moto. L’arrière de la sculpture est creuse, l’homme ne porte qu’un jean et des mocassins. La scène est parlante, elle évoque vaguement quelque chose mais semble finalement appartenir à la fiction tant son souvenir est lointain. Pourtant, ce motard endormi est un anonyme qui a réellement existé : il est une des figures mythiques qui ont rythmé la presse lorsque celle-ci couvrait en 1969 le festival Woodstock. Brigitte Zieger a récupéré une photographie de Woodstock prise par Bill Eppridge, photoreporter pour Life, et elle a découpé l’image du motard pour remodeler le personnage en ne représentant que la partie visible de la photographie. Le but est de rendre la consistance physique à ce personnage et au delà, de redonner une consistance aux idées qu’il a portées.

Brigitte Zieger, The Sleeping Biker, resin cast, 2011, 140 x 220 x 50 cm, Brigitte Zieger & Galerie Odile Ouizeman. Crédits photographiques Galerie Odile Ouizeman
Brigitte Zieger, The Sleeping Biker, resin cast, 2011, 140 x 220 x 50 cm, Brigitte Zieger & Galerie Odile Ouizeman. Crédits photographiques Galerie Odile Ouizeman
Bill Eppridge, titre inconnu, festival Woodstock, 1969
Bill Eppridge, titre inconnu, festival Woodstock, 1969

Cependant, la lecture de l’œuvre est double. D’une part, Sleeping Biker représente un homme d’une apparente sérénité alors que le contexte américain qui le concerne n’a rien d’apaisé : cet homme qui dort tranquillement sur sa moto n’est qu’une figure parmi d’autres (près d’un million) pacifistes venus contester la guerre du Vietnam lors de Woodstock. La paix, la culture et la joie viennent se confronter à la guerre, la violence et l’aliénation, en même temps. Par extension et au prisme de l’actualité, l’œuvre questionne la place du spectateur dans la politique et le renvoi à son simple statut du voyeur inactif. L’œuvre interroge sur ce qui reste de ces idées et à quel degré elles ont influencé l’histoire. L’artiste remet donc en cause autant la longévité des idéaux pacifistes que la faculté humaine à s’adapter à la violence ou à l’oppression. Finalement, derrière son apparence un brin comique, Sleeping Biker révèle une fascination pour la violence tout autant que l’aptitude de la société à se plier ou à fermer les yeux.

Pour de ne pas terminer sur une note pessimiste (et en niant la fin du film) :

©ArtSphalte

 

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